L’île de Pâques et ses mystérieux Moaï

Ile de Pâques ou Rapa Nui de son vrai nom Pascuan. Pour commencer notre présentation de cette île mythique, tout d’abord un peu de géographie : l’île de Paques est une des terres les plus isolées au monde, à plus de 4000kms de tout continent. Elle a été fondée par 3 volcans, le plus haut mesurant 502m d’altitude, tous inactifs depuis au moins 300 000 ans.

De par sa situation, elle a déjà quelques « biscuits » pour interroger, mais c’est surtout son histoire qui nous a fascinés : celle, non racontée dans les manuels, d’une grande civilisation extrêmement riche culturellement, qui, par une mauvaise gestion des ressources et de l’environnement alliée à la cupidité des hommes, a fini entièrement décimée, sur le plan humain et culturel.

Petit retour en arrière donc : nous sommes en l’an 300. Le roi Hotu Matu’a, Polynésien vaincu, part à la recherche d’une nouvelle terre d’accueil comme le veut la tradition. Le voyage depuis la Polynésie est ardu mais pas insurmontable pour cet héritier d’un peuple de grands navigateurs. Il forme, avec ses 7 fils, la première dynastie de l’île. Jusqu’en 1680, c’est l’apogée de la culture pascuane. D’immenses statues appelées Moaï sont érigées par les 10 ou 12 clans qui se partagent l’île et dont les dirigeants gèrent les ressources dans un habile système de roulement.

Nous ne pouvons continuer plus avant sans nous arrêter un instant sur ces Moaï, véritable curiosité de l’île, qui forcent l’admiration et que nous avons observés sous toutes leurs coutures, de jour comme de nuit ! Le nombre pourrait atteindre le millier sur l’île (certains sont encore enfouis). Ils furent taillés de l’an 800 jusqu’au 17ème siècle, dans la carrière du volcan Rano Raraku, à partir du tuf volcanique (pierre tendre). Ils sont les symboles des ancêtres fondateurs de chaque clan. Erigés en bord de mer pour la plupart, le regard tourné vers l’intérieur, ils étaient censés protéger les descendants et transmettre le « mana » ou l’esprit de Dieu. A ce titre, leurs yeux, taillés dans le corail, n’étaient placés qu’une fois le Moaï érigé. Ils représentaient le visage « vivant » de l’ancêtre, qui pouvait ensuite projeter son « mana ». Lors des guerres entre les clans, les Moaï étaient jetés au sol et leurs yeux brisés afin de briser le « mana ». Le plus grand (en cours de dégagement) mesure 21m60 de haut et pèse entre 160 et 180 tonnes. Ce qui impressionne c’est également le transport de ces immenses statues dans toute l’île (parfois sur plus de 20kms !) au vu des moyens rudimentaires de l’époque (probablement un système de glissements sur rondins). Si une statue était brisée en route, elle perdait son « mana » et était alors abandonnée pour en reconstruire une autre.

Mais à partir du début 18ème, la population, toujours plus nombreuse, entre dans une phase de décadence. Les guerres font rage pour la suprématie. Les ressources en bois et en nourriture se font de plus en plus rares. Les conditions de vie sont difficiles, avec des cycles de sécheresse ou une mer impraticable pour la pêche. Les aventuriers du siècle des lumières ne font qu’y passer, pacifistes, quittant aussi vite cette île où leur équipage ne peut se ravitailler.

1862, date tragique, marque la fin de la civilisation pascuane. 6 bateaux péruviens débarquent et réduisent à l’esclavage la plus grande partie de la population. Les gouvernements français, anglais et chiliens, outrés, font pression sur le Pérou pour délivrer les pascuans. Quand la décision de ramener les pascuans sur leur terre est enfin prise, déjà 80% sont morts d’épuisement et de maladie dans les mines de guano. Une centaine de survivants rembarque pourtant… Pour être décimée par la variole lors de la traversée. Les 15 derniers rescapés contaminent en arrivant les derniers habitants de l’île qui avaient réussi à se cacher.

Lors de cette tragédie, ce sont les principaux dépositaires du savoir (rois, prêtres…) qui s’éteignent également. La tradition orale s’étiole. Les colonisateurs achèvent de faire disparaître la culture traditionnelle pascuane, dont on ne possède aujourd’hui que quelques écrits en langue du Pacifique, encore indéchiffrables, ce qui fait tout son mystère…

Pour terminer l’aparté historique, la population achève de se diviser, influencée par des aventuriers de passages ou des tyrans-colonisateurs. En 1872, P. Loti, écrivain, rapporte de son passage sur l’île : « ils appartiennent à une humanité finissante, et leur singulier destin est de bientôt disparaître ». Sur les 5000 habitants de l’île avant la tragédie, il n’en reste plus que 110.

En 1888 l’île de Pâques devient officiellement chilienne. Délaissée tout d’abord par son gouvernement, l’île pourrit au milieu d’une misère sans issue. Dans les années 60-70, elle acquiert cependant un statut stratégique sur le plan politique. Les pascuans accèdent (enfin) aux choses les plus élémentaires comme l’électricité, l’eau courante, le droit de vote ou l’école. Aujourd’hui, le tourisme est la première richesse de l’île, qui a maintenant un niveau de vie supérieur à celui du Chili, et une fierté immense pour leur histoire qu’ils se sont efforcés de nous transmettre.

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