A la rencontre des kiwis

Dès notre première nuit de camping sauvage en Nouvelle Zélande, nous espérions voir le fameux kiwi, petit oiseau si rare et si intriguant… Mais avec seulement 5000 de ces petites bêtes référencées sur l’île, difficile de réussir à en croiser un sans un œil aguerri. Après avoir lu multiples fois l’histoire de Kuwi le Kiwi à Théotime et croisé plusieurs panneaux nous indiquant « attention, traversée de kiwis », nous ne pouvions cependant passer à côté. C’est donc à Franz Josef Glacier que nous nous sommes rendus au Wildlife Center afin d’aller les observer de plus près.

Petite carte d’identité de l’animal : le kiwi est un oiseau nocturne, qui est cependant incapable de voler, et que l’on trouve uniquement en NZ. Il vit dans un terrier, et possède des os pleins (à l’inverse des autres oiseaux). Sa température corporelle est quasiment la même que la nôtre (37-38°C).

Caractéristique très spéciale, c’est le seul oiseau au monde à avoir les narines au bout de leur bec, avec un odorat très développé. Ils utilisent cet odorat pour trouver leur nourriture sous terre, en fouissant dans les feuilles mortes. Grâce à leur bec également, ils peuvent sentir les mouvements des insectes dans le sol. Ils ont de fortes pattes, qui leur permettraient de dépasser un humain à la course !

La population de kiwis a fortement diminué avec l’apparition de nouveaux prédateurs terrestres, introduits par l’homme : rats, chiens, chats, belette, et surtout hermine. Cette dernière est le principal prédateur, initialement introduite pour contrôler les lapins en NZ, elle peut en fait tuer un kiwi dont le poids est inférieur à 1kg. Et il faut près de 12 mois au kiwi pour atteindre ce poids…

C’est là d’ailleurs qu’est toute la fragilité du kiwi : ils peuvent pondre 1 à 4 œufs par an, mais seuls 50% de ces œufs vont réussir à éclore en milieu ordinaire. De ces 50%, seuls 5% atteindront l’âge adulte et celui de se reproduire… On est bien face à une espèce en voie de disparition.

Au Wildlife Center, les intervenants vont donc récupérer l’œuf du kiwi lorsque celui-ci est pondu, afin de le protéger des prédateurs. Il est ramené au centre, et soigneusement placé en incubateur jusqu’à éclosion. Le bébé kiwi est ensuite nourri puis placé en simulacre de milieu naturel jusqu’à ce qu’il ait atteint l’âge de se défendre et de se reproduire, soit environ 12 mois/1kg. Ce sont ces « bébés » que nous avons pu observer dans le noir et le plus silencieusement possible : d’ici quelques mois, ils seront relâchés dans leur habitat naturel. Leur chance de survie est ainsi estimée à 70%.

Une jolie rencontre avec cet animal emblématique de la Nouvelle Zélande, mais qui nous laisse également entrevoir, comme durant tout notre séjour, à quel point la faune et la flore sont fragiles ici, et à quel point un dur travail pour les préserver est mené chaque jour à différentes échelles.

Waitomo caves et les glowworms

Nous continuons d’en apprendre tous les jours sur ce qu’il se passe sous nos pieds dans ce pays particulièrement riche qu’est la Nouvelle Zélande : cap sur la région de Waitomo, ce qui signifie « là où l’eau entre » en langue Maori.

A l’extérieur, nous découvrons un paysage karstique façonné par les éruptions volcaniques qui ont adouci le paysage, recouvrant de cendres les formations calcaires, où la végétation a pu se faire une place de choix.

Tremblements de terre et écoulements des eaux viennent donner du relief. Grâce à ces derniers, nous découvrons tout un réseau d’avens (dépressions formées par les écoulements), gorges, et surtout grottes mystérieuses. Pour nos explorations du jour, c’est cette fois sous terre que nous nous rendons donc. Nous observons tout d’abord dans une grotte sombre les innombrables stalactites et stalagmites : l’eau s’infiltre à travers les fissures de la roche. Elle dissout une partie des dépôts calcaires. Des cristaux de carbonate de calcium se forment alors au contact avec les parois (sol ou plafond) de la grotte.

Dans la seconde grotte, nous nous munissons de casque (pour le plus grand plaisir d’un petit bonhomme…), afin d’avoir le privilège, au fin fond d’un étroit dédale, d’observer les milliards de vers luisant qui y ont élu domicile.

Lorsqu’on lève les yeux, on a le sentiment irréel d’être sous la voûte étoilée (Théotime ne s’y est pas trompé lui, il s’est endormi quelques minutes après !).

C’est exactement l’effet recherché par ces petites bêtes fort intelligentes pour de simples moucherons encore à l’état de larves. Leur lumière (ou pour être plus précis le phénomène de bio-luminescence) ne leur demande que très peu d’énergie, produite par l’effet composé de la luciférine (molécule organique) et d’une enzyme, la luciférase. Après oxydation de la luciférine, celle-ci se met à briller d’une petite lumière bleue et froide, tout à fait hypnotique.

Les insectes venus de l’extérieur (généralement suivant la fraicheur d’un courant d’eau), perdus dans l’obscurité, croient avoir enfin atteint le ciel étoilé… Et se retrouvent pris au piège dans les nombreux filaments tendus par les vers, qui se feront ensuite un plaisir de les déguster…

Rotorua et son activité géothermique

A Rotorua, nous avons visité la plus grande zone d’activité géothermique de la région : Wai-O-Tapu. Tout proche, l’explosion du volcan Taupo il y a 26500 ans est à l’origine du façonnage du paysage ; elle gagne le prix de l’explosion la plus récente sur terre qui atteignit le plus haut niveau sur l’indice d’explosivité volcanique.

La zone de Wai-O-Tapu est brûlante, recouverte de cratères effondrés, piscines de boues glougloutantes et autres geysers et fumerolles. L’odeur persistante d’« œuf pourri » (due au sulfure d’hydrogène) nous accompagnera pendant les 4 jours de notre séjour.

Nous découvrons une incroyable palette de couleurs : vert, orange, violet, jaune, rouge et noir se côtoient, avec pour origine une grande variété de minéraux présents dans l’eau à proximité des sources d’eau chaude et des gaz volcaniques.

En effet, sous nos pieds courent tout un système de sources, chauffées par le magma persistant des précédentes éruptions. L’eau peut atteindre 300 °C ! Elle absorbe les minéraux des rochers à travers lesquels elle passe, les transportant où ils seront éventuellement absorbés par le sol.

Voici la « Champagne Pool »

Les minéraux, drainés de sous la terre par l’eau, sont exposés à la surface, et en refroidissant exposent une variété de couleurs

L’eau à la surface n’est « qu’à » 74 °C, mais à plus de 200 °C à sa source. Elle fut formée il y a 700 ans par une éruption hydrothermale.

Un peu plus loin, lors de notre visite d’un village résidentiel Maori, nous découvrons comment les sources d’eau chaudes ont été et sont encore utilisées par l’homme dans la vie de tous les jours : piscine, lavoir, et surtout cuisine ! Nous dégustons d’ailleurs un épi de maïs cuit dans une eau frémissante de manière tout à fait naturelle… Un régal !

 

L’île de Pâques et ses mystérieux Moaï

Ile de Pâques ou Rapa Nui de son vrai nom Pascuan. Pour commencer notre présentation de cette île mythique, tout d’abord un peu de géographie : l’île de Paques est une des terres les plus isolées au monde, à plus de 4000kms de tout continent. Elle a été fondée par 3 volcans, le plus haut mesurant 502m d’altitude, tous inactifs depuis au moins 300 000 ans.

De par sa situation, elle a déjà quelques « biscuits » pour interroger, mais c’est surtout son histoire qui nous a fascinés : celle, non racontée dans les manuels, d’une grande civilisation extrêmement riche culturellement, qui, par une mauvaise gestion des ressources et de l’environnement alliée à la cupidité des hommes, a fini entièrement décimée, sur le plan humain et culturel.

Petit retour en arrière donc : nous sommes en l’an 300. Le roi Hotu Matu’a, Polynésien vaincu, part à la recherche d’une nouvelle terre d’accueil comme le veut la tradition. Le voyage depuis la Polynésie est ardu mais pas insurmontable pour cet héritier d’un peuple de grands navigateurs. Il forme, avec ses 7 fils, la première dynastie de l’île. Jusqu’en 1680, c’est l’apogée de la culture pascuane. D’immenses statues appelées Moaï sont érigées par les 10 ou 12 clans qui se partagent l’île et dont les dirigeants gèrent les ressources dans un habile système de roulement.

Nous ne pouvons continuer plus avant sans nous arrêter un instant sur ces Moaï, véritable curiosité de l’île, qui forcent l’admiration et que nous avons observés sous toutes leurs coutures, de jour comme de nuit ! Le nombre pourrait atteindre le millier sur l’île (certains sont encore enfouis). Ils furent taillés de l’an 800 jusqu’au 17ème siècle, dans la carrière du volcan Rano Raraku, à partir du tuf volcanique (pierre tendre). Ils sont les symboles des ancêtres fondateurs de chaque clan. Erigés en bord de mer pour la plupart, le regard tourné vers l’intérieur, ils étaient censés protéger les descendants et transmettre le « mana » ou l’esprit de Dieu. A ce titre, leurs yeux, taillés dans le corail, n’étaient placés qu’une fois le Moaï érigé. Ils représentaient le visage « vivant » de l’ancêtre, qui pouvait ensuite projeter son « mana ». Lors des guerres entre les clans, les Moaï étaient jetés au sol et leurs yeux brisés afin de briser le « mana ». Le plus grand (en cours de dégagement) mesure 21m60 de haut et pèse entre 160 et 180 tonnes. Ce qui impressionne c’est également le transport de ces immenses statues dans toute l’île (parfois sur plus de 20kms !) au vu des moyens rudimentaires de l’époque (probablement un système de glissements sur rondins). Si une statue était brisée en route, elle perdait son « mana » et était alors abandonnée pour en reconstruire une autre.

Mais à partir du début 18ème, la population, toujours plus nombreuse, entre dans une phase de décadence. Les guerres font rage pour la suprématie. Les ressources en bois et en nourriture se font de plus en plus rares. Les conditions de vie sont difficiles, avec des cycles de sécheresse ou une mer impraticable pour la pêche. Les aventuriers du siècle des lumières ne font qu’y passer, pacifistes, quittant aussi vite cette île où leur équipage ne peut se ravitailler.

1862, date tragique, marque la fin de la civilisation pascuane. 6 bateaux péruviens débarquent et réduisent à l’esclavage la plus grande partie de la population. Les gouvernements français, anglais et chiliens, outrés, font pression sur le Pérou pour délivrer les pascuans. Quand la décision de ramener les pascuans sur leur terre est enfin prise, déjà 80% sont morts d’épuisement et de maladie dans les mines de guano. Une centaine de survivants rembarque pourtant… Pour être décimée par la variole lors de la traversée. Les 15 derniers rescapés contaminent en arrivant les derniers habitants de l’île qui avaient réussi à se cacher.

Lors de cette tragédie, ce sont les principaux dépositaires du savoir (rois, prêtres…) qui s’éteignent également. La tradition orale s’étiole. Les colonisateurs achèvent de faire disparaître la culture traditionnelle pascuane, dont on ne possède aujourd’hui que quelques écrits en langue du Pacifique, encore indéchiffrables, ce qui fait tout son mystère…

Pour terminer l’aparté historique, la population achève de se diviser, influencée par des aventuriers de passages ou des tyrans-colonisateurs. En 1872, P. Loti, écrivain, rapporte de son passage sur l’île : « ils appartiennent à une humanité finissante, et leur singulier destin est de bientôt disparaître ». Sur les 5000 habitants de l’île avant la tragédie, il n’en reste plus que 110.

En 1888 l’île de Pâques devient officiellement chilienne. Délaissée tout d’abord par son gouvernement, l’île pourrit au milieu d’une misère sans issue. Dans les années 60-70, elle acquiert cependant un statut stratégique sur le plan politique. Les pascuans accèdent (enfin) aux choses les plus élémentaires comme l’électricité, l’eau courante, le droit de vote ou l’école. Aujourd’hui, le tourisme est la première richesse de l’île, qui a maintenant un niveau de vie supérieur à celui du Chili, et une fierté immense pour leur histoire qu’ils se sont efforcés de nous transmettre.

Voyage dans les étoiles

Profitant d’être dans l’endroit de la planète le plus réputé pour la pureté de son ciel, nous avons embarqué le temps d’une soirée avec l’astrophysicien français, Eric Escalera, pour un voyage au sein de notre galaxie et même au-delà. A 22h direction l’observatoire d’El Pangue, à 17km au sud de Vicuña et perché à 1500m au creux des montagnes loin de toute pollution lumineuse. Sur une petite plateforme au toit rétractable, un télescope de 40cm de diamètre nous attend : on commence par la Lune qui, même si elle n’est qu’à moitié pleine, éclaire déjà autant qu’une pleine lune chez nous. Excellente remarque, nous voyons le croissant de Lune côté gauche, alors que chez nous dans l’hémisphère Nord, nous voyons le croissant droit. Nous observons en détail ses cratères, la petite goutte au milieu du cratère formée par l’impact des plus grosses météorites, et même une barrière rocheuse bien rectiligne (falaise).

Eric nous présente ensuite la nébuleuse d’Orion, une nébuleuse étant, en son centre au noir profond, le lieu de naissance des étoiles. A ce titre nous observons d’ailleurs 4 « bébés étoiles » qui n’ont « que » quelques centaines d’années ! A l’opposé, nous découvrons également une étoile morte, avec son halo flou sur les bords, qui se dissoudra tranquillement dans les prochaines milliers d’années. Autre fin possible pour une étoile : la Supernova, phénomène d’explosion très rare qui survient lorsque sa masse énergétique est trop importante. Il n’en a existé que 7 en 3000 ans, la dernière datant de 1604, projetant une lumière plus intense que celle de la pleine lune, et ce pendant plusieurs mois. La suivante se nomme Eta Katarina (pas sûr de l’orthographe), que nous observons à 7500 années lumières, et qui pourrait exploser dans peu de temps (compter encore une ou plusieurs centaines d’années…).

Puis nous partons à la rencontre d’Alpha du Centaure, visible uniquement dans le ciel austral, l’étoile la plus proche de notre Terre. Afin de donner une idée des grandeurs, le soleil se trouve à 150 000 000 de kilomètres, soit 8 minutes en années lumières. La lumière que nous observons est donc celle d’il y a 8 minutes par rapport à notre présent. Alpha du centaure se situe à 4 années lumières. La lumière projetée par l’étoile que nous observons à l’œil nu est donc en fait celle d’il y a 4 ans. En astrologie, le présent n’existe pas ! De quoi faire réfléchir sur la notion d’espace-temps, surtout quand Eric nous emmène observer un « petit » amas d’étoiles (1 million d’étoiles en même temps formées au début de l’univers) qui est à 15 000 années lumières… Nous observons ainsi un phénomène qui date d’avant notre civilisation, cela laisse rêveur…

L’amas d’étoiles suivant se nomme Omega du Centaure, qui avec ses 3 millions d’étoiles est l’amas stellaire le plus riche de la Voie lactée.

Le voyage se poursuit encore plus loin, et pour quelques instants nous quittons notre galaxie, pour celle de Magellan, à 200 000 années lumières. C’est la seule galaxie que l’on peut observer de l’intérieur depuis notre planète. Nous découvrons, comme « chez nous », étoiles et nébuleuses, dont l’une est appelée la « Tarentule » pour son aspect en toile et les nombreuses ramifications entre ses étoiles.

A 50 millions d’années lumières, on peut percevoir la galaxie du Sombrero. Encore plus loin des millions d’autres galaxies nous entourent, la plupart à présent nommées uniquement par leurs coordonnées GPS. Que de découvertes restent à faire ! Parmi ces recherches, tant de phénomènes encore (à jamais ?) inexpliqués, comme par exemple celui de la masse noire, dont on sait seulement qu’elle constitue 90% de l’univers. Elle n’émet aucune lumière, ce qui la rend impossible à observer, alors même que l’on perçoit son extraordinaire force gravitationnelle qui prouve ainsi son existence… et l’aspect dérisoire des seuls 10% que nous pouvons étudier !

Retour vers nos étoiles pour terminer cette belle soirée, avec l’observation de la brillante Cirius (8 années lumières), et la rouge Betelgeuse. Un voyage magnifique qui nous aura beaucoup marqués pour cette avant dernière étape sur les terres d’Amérique du Sud !